Quand le coeur et l’action se rejoignent…

Vous connaissez mes malinois, habituellement ce sont eux que je vous montre lors de mes virées forestières mais aujourd’hui, je décide de mettre à l’honneur ma vieille mémère : Nouna, ma « belle des champs » !! Et puis, oui, mes animaux font partie de mon univers, ils sont aussi énergie, vibrations, et quelque part c’est un tout qui fait qu’ils sont importants dans mon quotidien, dans la créativité, ce sont un peu comme des boosters.

Je suis Nouna, j’ai rencontré maman il y a maintenant bien des années, quand on habitait encore dans notre ancien village. Rencontre qui s’est faite au détour d’une petite route, aux abords d’une sorte de ferme toute pouilleuse, avec des pouilleux à l’intérieur. Des rustres. Elle promenait une de mes congénères, une vraie tornade qui de loin, avait l’allure d’un gros renard, alors j’ai décidé de les suivre ; finalement c’était génial parce que c’est devenu ma copine de jeu, ma seule amie.
J’avais bien un autre copain là où je vivais, mais lui il avait le droit de rentrer dans la maison, au chaud. Moi non. Je ne m’y avisais plus car je me faisais frapper.

Je devais me débrouiller la plupart du temps pour trouver à manger, on m’oubliait souvent ; toujours seule, je dormais en extérieur été comme hiver, livrée à moi-même ; parfois, oui je suivais d’autres chiens, mais je me méfiais beaucoup de leurs humains, je préférais rester bien derrière eux, on sait jamais ! Avec ma nouvelle copine de jeu c’était super génial car elle était en liberté, j’étais pas obligée de rester tout près car on pouvait courir, patauger dans l’eau, personne ne disait rien.

Maman semblait parfois désespérée car je ne la laissais pas m’approcher. Je transpirais la peur et je sais qu’elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour me rassurer, elle parlait beaucoup mais je n’ai jamais compris un mot ce qu’elle racontait ; et au bout de plusieurs semaines, allez… j’ai fait comme ma copine faisait, çà m’a couté un petit effort pour me laisser toucher. Qu’est-ce que c’était bon !! C’était une sensation que je n’avais jamais connue, mais maman me disait que j’avais le poil rèche et crado. Puis elle a trouvé des tas de petites bêtes piquées dans ma peau. C’est vrai que c’était pas agréable, çà me faisait mal : maman appelait çà des tiques ou des poux de bois. Avec le temps, je me suis laissée faire, j’ai fini par adorer toutes ces papouilles, elle m’ôtait peut-être une trentaines de tiques avec une petite pince, plusieurs fois par semaine. Ce petit rituel me soulageait, ces sales bestioles m’avaient mises dans un sale état et çà affaiblissait mon organisme.

Lorsque je ne trouvais pas à manger, j’allais un peu plus bas sur la route, une autre humaine me préparait parfois à manger : j’attendais des bébés, autant vous dire que j’avais grave la dalle. Heureusement qu’elle était là cette dame, nous serions tous morts sinon. Comme je ne pouvais pas rentrer chez mes maîtres, alors j’ai creusé un trou, comme un terrier, pour y faire mes bébés. Je les ai caché mais un jour il les a trouvé, il les a distribué et a gardé un de mes bébés, qui a fini attaché au fond du terrain, personne ne le voyait car la maison faisait barrage.

Une fois, je me suis promenée et je me suis retrouvée piégée dans une cage, durant plusieurs jours. A force d’aboyer, mon maître m’a retrouvée sauf qu’après, il m’a punie, en m’attachant à un arbre avec une grosse chaîne. C’était en été et je n’avais pas d’eau. Mais maman est arrivée avec copine ! Elle m’a libérée et nous avons été nous promener plusieurs heures et nous baigner. Sur le retour, une fois chez moi, maman a fait comme si mon collier avait lâché et elle m’a dit « chuttt… bon tu te sauves pas, tu restes bien chez toi ! ». D’autres fois, maman venait avec celui qui est mon papounet aujourd’hui, mais là c’était pas gagné, je ne supportais pas les hommes, il me faisait peur cet homme avec sa voix rauque.

Puis, un beau matin maman est venue me dire qu’elle avait vendu sa maison, qu’elle allait partir et qu’elle ne pourrait plus venir aussi souvent. J’ai senti qu’elle avait le coeur gros, mais elle m’a dit de rester patiente quelques semaines, qu’elle allait revenir me chercher pour de bon et que je vivrais dans une autre maison.
Les jours s’écoulaient, je ne voyais plus personne, j’étais retournée à ma triste vie, oubliée. Encore. Et puis, un beau matin je l’ai entendue arriver, alors j’ai couru, couru, mes oreilles bien dressées et des pépites dans les yeux : elle avait tenu parole ! Puis, j’ai vite senti qu’un truc se tramait, quelque chose était différent, à son comportement j’ai bien senti qu’elle manquait d’assurance, elle m’a dit « tes connards de maître sont partis, tu vas pouvoir venir avec moi, ta copine est à la maison ». Dans le fonds, j’avais très peur… et si elle avait fait tout çà seulement pour me faire du mal après ? Je n’avais jamais rien connu d’autre, je ne comprenais toujours rien à ce qu’elle me disait, personne ne m’avait jamais parlé comme çà. Je suis partie avec elle mais avec beaucoup de mal, on s’est arrêtée chez la dame qui me donnait toujours à manger, un peu plus bas… maman a dit « c’est fait ! » et ensuite, on s’est arrêté chez une autre dame qui a dit « vous l’avez ? » et maman a répondu oui. J’ai compris que maman avait trempé dans quelque chose de chelou, un kidnapping et des complices, houlala…

Mon arrivée à la maison fut une catastrophe, elle me disait « allez poupette, descends » et je ne savais pas ce que çà voulait dire ; et puis, j’ai aperçu copine, toute folle de me retrouver après ces semaines de séparation. Cà m’a donné confiance. Copine m’invitait à la suivre mais je ne voulais pas rentrer dans la maison. Maman a laissé la porte ouverte, j’avais peur. Ensuite est arrivé papounet, quelle horreur un homme ici ! Je me suis mise à ramper en marchant sur des oeufs, j’ai préféré rester dehors. Maman en a profité pour me papouiller comme j’aimais, avec sa petite pince pour ôter les tiques… elle en a retiré 101.
Les 1ers jours furent difficiles car chez maman, tout le monde rentre pour le dodo ; j’ai alors rampé longtemps en guettant ce que les humains appellent le plafond et des lustres, trop trop peur ! Peu à peu la confiance est venue, ma copine m’a beaucoup aidée et je l’ai imitée en tous points. Tous les jours j’avais à manger, des croquettes qui coutent la peau du cul qu’elle me disait, j’avais aussi comme des bombecs et le soir je dormais au pied du lit. La vie tranquille, le bonheur. Quel changement !

Les complices de maman sont même venues à la maison, je leur ai fait une sacrée fête en leur montrant combien j’étais devenue heureuse. Elles ont dit à maman que mon pouilleux de bourreau s’est aperçu de ma disparition au bout de 10 jours, ah oui quand même ! Cette famille pleurait mon départ, des photos de moi ont circulé sur facebook et ils ont dit qu’ils feraient tout pour me retrouver. Je me suis pensée « bin non non non, tu peux te les garder tes photos et tes larmes de crocodile, je ne reviendrai pas ! ». D’ailleurs, maman a fait en sorte que tout soit légal et donc, j’ai mon tatoo maintenant.
Les humains pouvant être monstrueux, je m’en suis toujours méfiée. Quand il y avait du monde à la maison, j’angoissais ; bon après je voyais toujours les mêmes donc çà allait.

Maman m’a aussi protégée des réseaux sociaux, si bien que je n’apparaissais que rarement. Je n’allais pas non plus dans la cour devant la maison. Je vais vous dire à quel point les gens peuvent être des pouilleux de première : une fois, maman avait eu des ennuis avec quelqu’un de proche, et donc, qui était au courant du déroulement de ma misérable condition de vie ; juste pour faire du mal, cette personne est allée raconter sur Facebook ou sur la page professionnelle de maman que c’était une voleuse de chiens. Elle n’a pas parlé de l’autre moitié de mon histoire de maltraitance, ce pourquoi maman m’avait sauvée.

Ma copine est partie au paradis des chiens il y a 3 ans maintenant. Je l’ai cherchée. En vain. A cette époque, cela m’a causé un stress, j’ai fait une métrite, maman m’a soignée avec ses mains, en 3 jours tout le pus s’est évacué et plus jamais je n’en n’ai refait.
Même si je suis encore pleine de ressources, je vieillis, je le sais bien et maman me préserve ; je ne sais pas quel âge je peux avoir, 13 ou 14 ans ? Vous humains vous avez des rides, et nous on blanchit vite… nos joues se creusent et parfois l’appétit manque, comme moi. L’arthrose peut s’y mettre. J’ai un peu mal aux dents, alors maman me rajoute de la pâtée dans mes croquettes, sinon j’ai tendance à ne plus trop manger. Mamoune m’a aussi découvert une toute petite boule aux glandes mammaires, minuscule ; elle m’a dit qu’elle n’avait pas envie de m’emmerder à mon âge. Je n’ai pas d’arthrose, j’entends et je vois encore bien, mon flair fonctionne bien surtout pour les voleurs de poules.

Voilà c’était l’histoire de ma Nouna, comme un besoin de la mettre à l’honneur.